15/05/2018


Restauration du tombeau de Philippe Pot

 


Restauration du tombeau de Philippe Pot

Le tombeau de Philippe Pot est l’un des plus spectaculaires et célèbres de la fin du Moyen Âge. Huit pleurants presque grandeur nature, drapés de noir et porteurs d’écus armoriés semblent marcher, portant la dalle où repose le corps du chevalier en prière, en armure et tunique héraldique.

Un monument funéraire unique

Le monument est une forme d’aboutissement du tombeau à pleurants – ces figures qui évoquent la cérémonie des funérailles, où les participants laïcs étaient effectivement dotés de grands manteaux noirs –, combiné au type de sépulture formée par une dalle sur des supports, mais il est sans équivalent par la magistrale originalité de sa composition et sa puissance d’évocation. Il est d’autant plus fascinant qu’il a été commandé – et peut-être imaginé – par Philippe Pot de son vivant, en 1480, pour prendre place dans une chapelle de la prestigieuse abbaye de Cîteaux près de Dijon. Philippe Pot (1428-1493), filleul du duc Philippe le Bon, joua un rôle éminent à la cour de Bourgogne avant de se rallier au roi de France Louis XI, qui le nomma grand sénéchal de Bourgogne. Il avait des intentions bien précises sur le souvenir qu’il entendait ainsi laisser de lui dans le contexte politique troublé de la fin du duché de Bourgogne, ce dont témoigne la longue inscription qui se déroule sur le bord de la dalle. La hardiesse technique de cette dalle de pierre posée sur huit points étroits, le traitement pourtant assez fruste de la sculpture intriguent les historiens de l’art depuis sa redécouverte de la fin du XIXe siècle, et posent la question de son auteur. La restauration en 2018 et l’étude technique qui l’a précédée apportent des éclairages nouveaux sur le monument, même si l’énigme reste entière sur ce dernier point.

Une histoire mouvementée

Après la suppression de l’abbaye de Cîteaux, le tombeau a été transféré à Dijon puis est passé à des collectionneurs privé. Il appartiendra de 1808 à 1889 à la famille de Vesvrotte qui le présentera successivement dans le jardin de son hôtel dijonnais, puis dans le parc de son château de Vesvrotte, puis dans une salle voutée conçue pour lui dans son nouvel hôtel à Dijon à partir de 1855. C’est à Dijon que Louis Courajod, conservateur du département des Sculptures du musée du Louvre, le voit en 1885, alors qu’il travaille à faire reconnaître l’importance de la sculpture bourguignonne du XVe siècle. Le tombeau est acheté en 1889 et installé dans les salles de sculpture médiévale après une nouvelle restauration. Le tombeau, suivant l’évolution de la présentation des collections, ne connaîtra encore pas moins de trois déménagements, jusqu’à sa présentation dans l’aile Richelieu en 1993, lors de la création des actuelles salles de sculptures françaises.

Le projet de restauration

Si les travaux du Grand Louvre ont été l’occasion d’importantes restaurations des collections, celles-ci sont loin d’avoir concerné toutes les oeuvres exposées. Depuis cette date, les campagnes de restauration des oeuvres exposées se poursuivent, salle après salle. Un quart de siècle après sa dernière restauration, au milieu d’oeuvres du XVe siècle récemment nettoyées, la nécessité d’intervenir à nouveau sur le tombeau de Philippe Pot s’est imposée.  Son état de conservation garde en effet les traces de son histoire mouvementée : une dizaine de déménagements, un long séjour en plein air, plusieurs campagnes de restaurations et un moulage, avant son dernier remontage qui a été l’occasion d’une nouvelle intervention. Le tombeau apparaît comme encrassé et garde des traces du produit de protection utilisé lors du dernier moulage. En raison des nombreuses interventions qu’il a subies, son état de surface est assez chaotique. La décision d’engager une restauration a été prise en 2015. Après une étude par un groupe de restaurateurs et des analyses approfondies par le Centre de recherche et de restauration des musées de France en 2016-2017, une nouvelle intervention est menée en 2018 pour améliorer sa présentation, sous la surveillance d’un comité scientifique. Après un dépoussiérage, la vérification et le refixage ponctuel de la polychromie, les restes de l’alcool polyvinylique utilisé lors du moulage seront éliminés. Le nettoyage permettra la suppression des blanchiments de la couche superficielle, l’allègement de la couche noire et des phénomènes de brillances, le retrait de l’encrassement brun des blasons, le nettoyage des zones de pierre à nu. Après un bilan de cette première phase, au vu des résultats et des observations complémentaires, la deuxième phase prévoit la reprise de certains bouchages, l’élimination des retouches anciennes, des ragréages et des retouches d’harmonisation.

La restauration sera réalisée in situ. La salle 210 sera fermée de fin avril à fin novembre 2018.

Une petite monographie sur le tombeau, faisant le point des connaissances actuelle, sera publiée dans la collection Solo à l’issue de la restauration.

Cette restauration bénéficie du mécénat du Fonds de dotation Terre de Cultures.

Etude préalable à la restauration : Amélie Méthivier, assistée de Nathalie Bruhière et Benoît Lafay

Centre de recherche et de restauration des musées de France : Isabelle Pallot-Frossard
Département restauration : Lorraine Mailho, Alexandra Gérard, Benoît Delcourte
Département recherche : Michel Menu, Anne-Solenn Le Ho, Yannick Vandenberghe, Nathalie Pingaud, Anne Maigret

Comité scientifique : Stéphanie Deschamps-Tan, Alexandra Gérard, Sophie Jugie, Lorraine Mailho, Robert Marcoux, Michaël Vottero

Restauration : Manon Joubert, Amélie Méthivier, Nathalie Bruhière, Hélène Dreyfus, Jeanne Cassier, Aline Raux, Morgane Poirier