18 décembre 2017

Acquisition du Portrait présumé de Hassan, gardien de la girafe de Charles X, par Claude-Marie Dubufe

 

Acquisition du Portrait présumé de Hassan, gardien de la girafe de Charles X, par Claude-Marie Dubufe

Le musée du Louvre annonce l’acquisition, pour le département des Peintures, du Portrait présumé de Hassan, gardien de la girafe offerte au roi Charles X, par Claude-Marie Dubufe. Ce tableau complète avec éclat l’exceptionnelle collection de portraits français du premier XIXe siècle du Louvre. En effet, le musée ne conservait pas jusqu’à ce jour d’exemple de portrait d’Orientaux, alors même que les modèles ressortissant de l’Empire ottoman représentèrent un enjeu artistique à Paris entre 1815 et 1830, moment essentiel du développement de la peinture orientaliste française. En excellent état, le tableau permet également de représenter Claude-Marie Dubufe, artiste oublié, par une oeuvre de qualité magistrale.

Proposé par la galerie Colnaghi à Londres et acquis sur les crédits du Louvre, cette huile sur toile représente possiblement les traits de Hassan el Berberi, écuyer du consul de France Bernardino Drovetti. Cet Egyptien séjourna un an en France, d’octobre 1826 à octobre 1827, en qualité de gardien de la girafe offerte en cadeau diplomatique par le vice-roi d’Egypte Méhémet Ali au roi de France Charles X. Cette girafe fut le premier specimen vivant visible en France (de 1827 à 1845). Son transport à pied depuis Marseille jusqu’à la capitale, puis la présentation de l’animal au roi et à la foule parisienne à partir de juillet 1827 provoquèrent un phénomène de mode considérable.

S’il est certain que le présent portrait est contemporain du séjour de Hassan en France car il fut traduit en lithographie par l’artiste en mars 1827 et que le costume est compatible avec celui de la fonction et l’origine géographique de Hassan, il convient de rester prudent : en effet la lithographie n’indique pas l’identité du modèle (baptisé du vague terme de « Jeune Grec » sans doute pour correspondre au contexte philhellène des années 1824-1827), et cette identité n’est fondée que sur une copie peinte du présent portrait, datée d’août 1827, réputée représenter Hassan.

L’intérêt principal de l’oeuvre tient donc avant tout à sa qualité picturale remarquable et à son insertion dans un phénomène artistique important de la peinture du premier XIXe siècle français : les portraits d’Orientaux. Dubufe déploie avec virtuosité trois différentes techniques picturales : les aplats vibrants en pleine pâte font avancer et éclater la vivacité des couleurs primaires du costume au premier plan ; les hachures juxtaposées de couleurs ainsi que les reflets rouges permettent de modeler le visage avec vigueur, l’arrière-plan travaillé en glacis sur fond frotté accentue le relief saisissant de la tête.