20 décembre 2017

Acquisition des Anges musiciens, attribué au Maître du Retable de saint Barthélemy

 

Acquisition des Anges musiciens, attribué au Maître du Retable de saint Barthélemy

Le musée du Louvre annonce l’acquisition, pour le département des Peintures, des Anges musiciens (vers 1495-1500), une huile sur bois attribuée au Maître du Retable de saint Barthélemy ou Maître de saint Barthélemy, actif à Cologne entre 1480 et 1510 environ. Cette nouvelle acquisition est l’occasion pour le musée du Louvre de faire découvrir aux visiteurs un pan méconnu de l’art autour de 1500 et de permettre une revalorisation scientifique de l’art primitif allemand.

Cette œuvre semble être un élément de retable recoupé pour en faire un tableau individuel, sur le thème médiéval « des anges musiciens ». Devant une partition posée sur une table, deux anges jouent de la harpe et de la vielle à roue autour d’une marche d’autel évoquant un chœur d’église, devant un  fond d’or. L’ange vêtu d’une chasuble orangée et jouant  de la harpe rappelle fortement un autre ange, lui-même joueur de vielle à roue, visible sur le Retable de saint Thomas (Wallraf-Richartz Museum, Cologne), les deux procédant probablement d’un modèle commun : cette proximité permet de voir dans le petit panneau une œuvre réalisée par le Maître du Retable de saint Barthélemy. D’autant que les attitudes rieuses des figures juvéniles aux coiffes exubérantes sont typiques de l’art de ce maître au style inimitable, et confèrent à cette œuvre un charme fantaisiste propre au « maniérisme gothique ».
Son nom de convention lui vient d’un retable, dédié à saint Barthélemy, peint pour l’église Sainte-Colombe de Cologne et aujourd’hui conservé à la Alte Pinakothek de Munich. Son origine nordique, p
robablement Utrecht ou Arnhem, explique sa compréhension fine des enjeux picturaux développés dans les anciens Pays-Bas au cours du XVsiècle, depuis les grandes innovations eyckiennes : si dans ses œuvres, les figures humaines gagnent en volume et prennent place au sein d’espaces construits, devant des paysages unifiés, l’ensemble demeure toutefois emprunt du raffinement gothique encore en vogue à Cologne. Son art apparaît ainsi comme une rencontre entre deux tendances artistiques : ars nova flamand et tradition colonaise. La majestueuse Descente de croix, le chef-d’œuvre du maître, conservée au musée du Louvre, dérivé du célèbre modèle de van der Weyden (Prado) mis au goût colonais, illustre magistralement la singularité du Maître de saint Barthélemy.
Le Wallraf-Richartz Museum de Cologne conserve aujourd’hui la majorité des œuvres connues de l’artiste et de ses suiveurs. Les autres se trouvent principalement à Munich, Paris (Louvre et Petit Palais), Francfort, Londres, Washington, Philadelphie, ou encore Los Angeles.


Pour la réouverture du parcours nordique au sein de l’aile Richelieu, le Louvre met l’accent autour de cette acquisition, sur une collection riche et méconnue : la peinture des Primitifs allemands, élargissant ainsi une vision parfois trop dichotomique  des échanges artistiques entre Flandres et Italie vers une perception plus juste des évolutions formelles au tournant du siècle.