10 mars 2016

                        

Les portraits de Maerten Soolmans et d’Oopjen Coppit par Rembrandt

Une acquisition exceptionnelle exposée au musée du Louvre

 

                        
Les portraits de Maerten Soolmans et d’Oopjen Coppit par Rembrandt
Une acquisition exceptionnelle exposée au musée du Louvre

Les portraits de Maerten Soolmans et de son épouse Oopjen Coppit, chefs-d’oeuvre de Rembrandt peints en 1634, acquis conjointement par le Louvre et le Rijksmuseum d’Amsterdam, sont présentés pour la première fois au public au musée du Louvre du 10 mars au 13 juin 2016. Les deux tableaux seront ensuite exposés ensemble pendant trois mois au Rijksmuseum. M. François Hollande, Président de la République, et leurs Majestés le Roi Willem-Alexander et la Reine Máxima des Pays-Bas, en visite d’État en France, se sont rendus au Louvre pour le dévoilement de ces oeuvres le 10 mars au matin.
Le 1er février 2016, ces deux tableaux ont fait l’objet d’une procédure inédite d’acquisition commune entre l’État français et l’État néerlandais pour le compte du musée du Louvre et du Rijksmuseum, garantie par un accord intergouvernemental.
Pour cette acquisition, le Louvre a bénéficié du mécénat exceptionnel de la Banque de France.
Seuls portraits en pied grandeur nature dans l’oeuvre du plus grand peintre hollandais du Siècle d’or, ils témoignent de la perfection du maître à représenter la subtilité des matières autour d’une symphonie de noirs et de blancs.

Une coopération innovante

L’accord intergouvernemental scellant l’acquisition conjointe de ces deux chefs-d’oeuvre de Rembrandt est signé à Paris le 1er février 2016, entre la ministre française et la ministre néerlandaise de la Culture ; la France et les Pays-Bas font chacun l’acquisition d’un des deux tableaux de Rembrandt dans une démarche conjointe, témoignant de leur ambition partagée pour un patrimoine commun : si les Pays-Bas acquièrent le portrait de Maerten Soolmans et la France celui de son épouse, les deux tableaux ne pourront jamais être séparés. Ce dispositif inédit tient compte de l’intérêt particulier des deux pays pour ces oeuvres extraordinaires, des liens qu’ils souhaitent renforcer entre institutions, ainsi que du coût de l’acquisition. Le travail collectif entre les deux musées et les deux ministères est un exemple inédit de coopération européenne en matière de protection du patrimoine. Il permet de conserver en Europe la paire de portraits de Rembrandt, génie européen du XVIIe siècle.
Les deux tableaux ayant été classés « OEuvres d’intérêt patrimonial majeur », l’acquisition du portrait d’Oopjen Coppit pour la France a pu bénéficier du mécénat de la Banque de France.
Le 10 mars 2016, M. François Hollande, Président de la République, Leurs Majestés le Roi Willem-Alexander et la Reine Máxima des Pays-Bas, Mme Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, et Mme Jet Bussemaker, ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Science des Pays-Bas étaient réunis au musée du Louvre pour célébrer l’entrée des portraits dans les collections nationales des deux pays.
Présentés d’abord trois mois au musée du Louvre à proximité immédiate de la Grande Galerie (aile Denon, 1er étage, salle 13, les salles de peinture hollandaise au 2e étage de l’aile Richelieu étant en travaux), ils seront ensuite exposés trois mois au Rijksmuseum, avant d’être restaurés aux Pays-Bas.
La restauration sera suivie par un comité franco-néerlandais dirigé par Sébastien Allard, directeur du département des Peintures du musée du Louvre, et Taco Dibbits, directeur des collections du Rijksmuseum.
Selon l’accord conclu entre le Louvre et le Rijksmuseum, les tableaux devront être exposés toujours ensemble, alternativement au Louvre et au Rijksmuseum, selon une périodicité longue (5 ans puis 8 ans) et avec interdiction de prêt en dehors des deux musées.

Deux oeuvres rares de Rembrandt

Rembrandt van Rijn (1606-1669) peint les deux portraits de Maerten Soolmans et de son épouse Oopjen Coppit en 1634. À 28 ans, il connait une de ses périodes les plus fécondes, comme le montrent les deux Autoportraits du Louvre, conçus à la même époque.
Seuls portraits en pied grandeur nature en pendants connus, ils constituent une exception dans l’oeuvre du maître. Ce type, réservé aux cours d’Europe plus méridionale, des Flandres en particulier, était alors rarissime en Hollande. Il est probable que les modèles souhaitaient, par l’introduction de ce mode de représentation, afficher leur statut social. En effet, les époux appartenaient à la plus haute bourgeoisie d’Amsterdam. Maerten Soolmans (1613-1641), fils d’un réfugié anversois, venait d’épouser, en juin 1633, Oopjen Coppit (1611-1689) l’un des meilleurs partis de la ville.
Pour cette commande prestigieuse, Rembrandt fait se répondre les deux compositions par l’introduction d’un mouvement : Maerten Soolmans tend un gant, gage de fidélité, à son épouse qui descend un escalier vers lui. Un grand rideau dans le fond unit les deux toiles, tout comme le coup de lumière qui tombe crûment sur l’épaule droite de Maerten et plus doucement sur le grand col de dentelles d’Oopjen. Dans ces années-là, tout le génie du maître d’Amsterdam réside dans le parti et les éblouissants effets qu’il tire de cette concentration de la gamme colorée autour du noir, du blanc et du gris. Le luxe des tenues noires, alors les plus coûteuses, lui offre l’occasion de faire montre de brio dans le rendu des matières : le vêtement empesé de Maerten, ses revers de satin contre la fluidité et la légèreté des soies, les satins et les tulles piqués de la robe d’Oopjen, dont la taille enflée laisse supposer la grossesse. Les noeuds à la ceinture créent comme une guirlande unissant les époux. La précision et le raffinement du détail se lisent dans les motifs qui décorent les chausses de l’époux, dans les extravagants noeuds de ses souliers ou l’éventail d’Oopjen.
L’expression des modèles est très différente. La couleur des chairs est plus franche et rosée chez Maerten, elle est plus transparente et pâle chez Oopjen.

L’histoire franco-néerlandaise des deux tableaux

En 1877, la collection de Willem van Loon, dont le portrait de Maerten Soolmans et celui d’Oopjen Coppit étaient les fleurons, est mise en vente. Le gouvernement néerlandais tente de participer à l’achat mais la somme atteint des sommets jamais égalés. Jugée exorbitante par une partie de la presse, la vente fait grand bruit à l’époque dans l’Europe entière. Un consortium de la famille Rothschild, mené par le baron Gustave, se porte acquéreur de 68 peintures flamandes et hollandaises de la collection Van Loon, dont les deux portraits aujourd’hui possédés en commun par le Louvre et le Rijksmuseum. Les tableaux quittent alors les Pays-Bas pour la France. Quasiment jamais vus, ils y devinrent aussi célèbres que mystérieux.
Lorsque la famille Rothschild décide, au printemps 2014, de s’en séparer, ce qui s’était produit lors de la vente Van Loon en 1877 se reproduit, mais inversé. La France s’interroge sur la façon de conserver sur le sol national ces tableaux patrimoniaux, tandis que les Pays-Bas tentent de faire revenir les tableaux perdus en 1877. Après bien des réflexions et des échanges, la solution européenne d’une acquisition franco-néerlandaise apparaît comme la meilleure. Elle permet aux deux oeuvres d’être désormais admirées par les visiteurs du monde entier dans deux des plus grands musées européens.
Au Louvre, l’entrée de ces tableaux bouleverse la collection de peintures hollandaises. En effet, bien qu’elle soit l’une des plus riches, sinon la plus riche, au monde après celle du Rijksmuseum, elle souffre d’un vide important que ces deux toiles monumentales viennent combler : Rembrandt est certes représenté par des chefs-d’oeuvre comme la Bethsabée, récemment restaurée, ou les autoportraits, mais ses grandes compositions sont rares. Au Louvre, les portraits de Maerten Soolmans et d’Oopjen Coppit s’intégreront dans la brillante collection de grands portraits du XVIIe siècle, qu’ils soient flamands, italiens ou français, tandis qu’au Rijksmuseum, ils viendront enrichir le parcours des oeuvres du maître. Les deux musées s’engagent ainsi dans une collaboration scientifique au long cours.