12 juin 2020

Acquisition de La Tireuse d’épine de Ponce Jaquio
 

 

Acquisition de La Tireuse d’épine de Ponce Jaquio
 

Le musée du Louvre annonce l’acquisition, pour le département des Objets d’art, d’une version de La Tireuse d’épine de Ponce Jaquio (connu à partir de 1527-1571), artiste français qui fit partie de l’équipe du Primatice sur le chantier de Fontainebleau. Cette statuette totalement inédite est dite « tireuse d’épine », mais le titre est certainement erroné. Elle représente une jeune femme nue qui est plus vraisembablement à sa toilette. Ce sujet de la femme « se rognant les ongles » est bien connu, sujet qui semble prosaïque, mais qui était tinté d’un érotisme discret : la femme est épiée à son insu pendant sa toilette. Le modèle est déjà identifié : le musée du Louvre en possède déjà une terre cuite, tandis qu’un second exemplaire en bronze se trouve dans les collections du Victoria and Albert Museum de Londres. Ce bronze exceptionnel et d’une grande rareté, qui a conservé une très belle patine ancienne, a pu être acquis par exercice du droit de préemption de l’État, à l’occasion de la vente organisée par l’étude Beaussant Lefèvre à Paris, le 9 juin 2020.

La statuette de Jaquio peut être qualifiée d’incunable du bronze français de la Renaissance, avant les œuvres de Barthélémy Prieur plus d’une génération plus tard. Elle incarne parfaitement ce moment de l’art français largement irrigué par les innovations italiennes, que ce soit par la présence des maîtres en France ou les voyages des artistes en Italie, comme dans le cas de Jaquio. Outre cette importance historique, elle est d’une qualité magistrale, servie par la préservation exceptionnelle de sa patine originale, posée comme une laque – ce qui n’est pas le cas de l’exemplaire de Londres. Ces deux bronzes ne sont pas signés, mais la composition a pu être attribuée à Jaquio grâce à François Girardon (1628-1715). Ce grand sculpteur était aussi collectionneur et fit graver les œuvres en sa possession, dont une « Tireuse d’épine » de Paul Ponce, c’est-à-dire Ponce Jaquio. Cette terre cuite est réapparue grâce à Jacques Petihory et fut acquise par le département des Sculptures du musée du Louvre. Le musée du Louvre n’est pas seulement un musée universel comme il en est d’autre : il est aussi le sanctuaire de l’art français et, dans ce sens, cette œuvre se devait d’y rentrer. Ponce Jaquio est ici l’interprète en bronze de l’art du Primatice et de ses figures féminines aux membres allongés, aux corps sensuellement modelés en grands plans, qui opposent leur nudité à la sophistication de leurs coiffures, un jeu érotique qui suggère la femme dévêtue plus que la femme nue.

Ponce Jaquio (peut-être originaire de Rethel, connu à partir de 1527- mort à Paris en  en 1571) se forma en Italie, l’on suppose auprès du Primatice, et est cité au sein de l’Académie de Saint-Luc à Rome en 1527 et 1535. Il est le seul sculpteur français cité par Vasari sous le nom de Ponzio. Il vint en France lorsque le roi François Ier invita à la cour Primatice, avec lequel il collabore au chantier de Fontainebleau, aux Tuileries, ainsi qu’à la grotte du château de Meudon (détruite). De retour en Italie vers 1553, il travailla en tant que stucateur et fresquiste. En 1558, l’architecte Philibert Delorme, chargé de conduire la réalisation du tombeau de François Ier, commande à Ponce Jaquio l’exécution de génies funéraires en marbre, en collaboration avec le sculpteur Germain Pilon. Jaquio réalise également deux des quatre Vertus Cardinales pour le tombeau d’Henri II et Catherine de Médicis (Saint-Denis, basilique), la Prudence et la Tempérance. Peu d’œuvres de cet artiste nous sont parvenues. Outre les deux vertus du tombeau d’Henri II, on lui attribue principalement les trois génies funéraires du tombeau de cœur de François II (remploi de la commande pour le tombeau de François Ier).