Cycle de conférences du 26 septembre au 14 octobre 2019

La Chaire du Louvre avec Finbarr Barry Flood
Technologies de dévotion dans les Arts de l’Islam : pélerins, reliques, copies

 

La Chaire du Louvre avec Finbarr Barry Flood
Technologies de dévotion dans les Arts de l’Islam : pélerins, reliques, copies

Pour cette onzième édition de la Chaire du Louvre, Finbarr Barry Flood, Professor of the Humanities à la New York University, nous invite lors de 6 conférences à réfléchir aux pratiques dévotionnelles et rituelles de l’Islam – qu’il s’agisse de la culture matérielle du pèlerinage, de l’efficacité des reliques ou de la production des copies.

Ce rendez-vous annuel présente à l’auditorium une réflexion qui donne lieu à des rapprochements transdisciplinaires entre les oeuvres et propose, sous forme à la fois d’exposés savants et conversations ouvertes au grand public, de rencontrer l’historien de l’art Finbarr Barry Flood.

Dans un texte de 1920, Aby Warburg exprimait l’espoir que se réalise une « alliance entre l’histoire de l’art et l’étude de la religion ». Ce voeu constitue le point de départ d’un cycle de conférences qui en se penche sur les relations intimes entre les corps, les matériaux et les technologies dans les rituels de dévotion.
La culture matérielle du pèlerinage islamique est riche d’exemples – portant sur l’architecture, la matière sacrée ou les souvenirs portables, qui ont souvent des liens avec des techniques et des technologies de production et de reproduction en série, telles que la gravure, le moulage et l’estampage, comme s’il s’agissait de dupliquer les « impressions » éprouvées par les pèlerins eux-mêmes. Reflétant une croyance commune en la capacité de certains matériaux à agir comme médiateurs de l’aura d’un individu, d’un lieu ou d’une relique, l’efficacité perçue des objets était, sans doute perçu comme renforcée plutôt que diminuée par la production en série. Souvent, les objets en question se prêtaient à des pratiques de consommation multisensorielles, très éloignées des pratiques d’observation désincarnées, telles qu’elles ont été cultivées dans la pensée à partir des Lumières et canonisées dans les galeries et musées modernes.
Cette alliance entre les rituels de dévotion et les technologies de production de masse dans les arts de l’Islam pose la question de la nature de la copie, d’une manière qui nous invite à considérer sa dimension moderne.

Jeudi 26 septembre à 19 h
Prendre la mesure

La reproduction des lieux saints de Jérusalem dans l’architecture chrétienne du Moyen Âge est bien documentée. Par contre, peu nombreuses ont été les tentatives de reproduire la Ka‘ba, édifice focal de l’Islam situé dans le sanctuaire de La Mecque. La crainte que les répliques n’affaiblissent la place unique du sanctuaire mecquois décourageait les velléités. Il existe néanmoins dans le monde islamique médiéval de nombreuses tentatives d’exploitation des bénédictions par la Ka‘ba. Cependant, plutôt que de reproduire sa forme cubique si impressionnante, le lieu saint a souvent été évoqué en reproduisant certaines de ses proportions. Le phénomène met en jeu une tension entre forme et mesure, jouant sur la perception du monument médiéval tant par les dimensions que par la forme.

Lundi 30 septembre à 19 h
Incorporer par la poussière

Tout comme le fait de mesurer des monuments sacrés, le prélèvement de terre sur le sol où ces monuments se dressaient – et même de la poussière qui les recouvrait – est une pratique courante des pèlerins dans de nombreuses traditions. Rendant le lieu portable, les petits comprimés faits à partir d’argile ou de poussière de lieux saints comme Jérusalem, La Mecque ou Médine, ont longtemps été recueillis par des pèlerins, souvent estampillés avec des textes ou des images. Comme les comprimés de médicaments de l’Antiquité avec lesquels ils ont un lien, ils pouvaient être grattés ou réduits en poudre, dissous dans de l’eau et consommés pour leurs pouvoirs curatifs. Produits en masse et en série, ces objets humbles se rattachent à des rites de pèlerinage et à des traditions de guérison et de protection anciennes qui fonctionnaient par des pratiques d’incorporation au sens propre, c’est-à-dire par ingestion dans le corps.

Jeudi 3 octobre à 19 h
Guérir avec des images et des mots

Parmi les objets les plus énigmatiques associés au pèlerinage médiéval, il existe un groupe de coupes en laiton, richement modelées avec des images et textes gravés contenant des images de la Ka‘ba et du sanctuaire de La Mecque.
Probablement faites pour des pèlerins, elles ont été conçues pour ramener et transmettre la bénédiction du Centre sacré. Perçu comme aidant à guérir certaines maladies ou à soigner les morsures de bêtes nuisibles, leur pouvoir était activé par des liquides qui y étaient versés, bus puis absorbés. Transmettant le pouvoir de l’endroit représenté, plusieurs d’entre elles portent en outre des inscriptions les identifiant comme des copies d’originaux bien plus anciens conservés dans des bibliothèques ou des trésoreries royales. Souvent, leurs inscriptions expliquent qu’un individu malade pouvait nommer un suppléant pour l’ingestion du contenu, leurs pouvoirs étant perçus comme transmissibles par procuration et à distance. Ces objets énigmatiques sont imprégnés de logiques de reproduction et de substitution, considérées comme fondamentales pour leur efficacité.
Séance suivie de la signature du livre Technologies de dévotion dans les arts de l’Islam par Finbarr Barry Flood.

Lundi 7 octobre à 19 h
Tracer les contours.

Les récentes controverses sur la représentation du Prophète Muhammad se sont focalisées sur les peintures figuratives. Ces dernières, néanmoins, étaient relativement rares et circulaient dans un milieu restreint. Le Prophète était généralement représenté de manière métonymique, par des images de l’empreinte de ses pieds ou de sa sandale par exemple. La relique la plus célèbre de la sandale du Prophète se trouvait conservée à Damas, de laquelle des images furent fabriquées en traçant le contour sur papier ou sur parchemin. Ces tracés du contour de la relique furent à leur tour copiés, générant une série d’images en chaîne, dont on croyait qu’elles pouvaient transmettre le pouvoir protecteur de la relique d’origine. Le phénomène soulève de nouveau la question de la nature des images, des copies et de leur médiation à la veille de la modernité.

Jeudi 10 octobre à 19 h
Faire une impression.

Le monde islamique médiéval nous offre les premiers exemples d’impressions réalisées en dehors de la Chine, des siècles avant Gutenberg. Les utilisations précoces de ce médium sont surtout documentées pour des images et des textes considérés comme accordant une bénédiction ou une protection, ce qui met en évidence une relation probable entre efficacité et techniques d’impression, d’estampage ou d’estampillage. L’adoption de nouvelles technologies – telles que la lithographie et la photographie – pour la reproduction d’images dévotionnelles dans le monde islamique a partir de la fin du 19e siècle pourrait donc être considérée comme un prolongement des pratiques variées d’impression et d’estampage, voire un aboutissement, plutôt qu’une rupture. Mais ces techniques ont également fait l’objet de vives controverses, qui remettaient en cause la validité même de pratiques qui avaient prospéré durant des siècles.

Lundi 14 octobre à 19 h
Corps et copies, de la dévotion à l’exposition

Table ronde avec Finbarr Barry Flood, New York University, Yannick Lintz, musée du Louvre, Jérémie Koering, CNRS / Centre André-Chastel, et Walid Raad, Cooper Union School of Art, New York.
Modératrice: Monica Preti, musée du Louvre.

Cette table ronde réunit le titulaire de la Chaire du Louvre et des acteurs majeurs de l’art contemporain, de la muséologie, de la théorie et de l’histoire de l’art. Les intervenants abordent une série de questions soulevées par les conférences, en considérant certaines de leurs implications contemporaines dans les contextes culturels et artistiques du monde islamique. Que pourrait-on apprendre, par exemple, en examinant la question de la copie dans un domaine élargi, à la fois culturellement et historiquement ? Les valeurs rituelles et l’exposition d’objets sont-elles toujours incompatibles ? Les modes d’engagement via des artefacts et des images dans les pratiques de dévotion islamiques ont-ils des parallèles dans d’autres traditions ?Sont-ils pertinents pour ce qui concerne l’exposition contemporaine d’oeuvres d’art prémodernes ? Pourraient-ils nous obliger à reconsidérer les protocoles d’accès et de visualisation modernes qui se sont développés parallèlement aux musées et aux galeries ?

Publication

Finbarr Barry Flood, Technologies de dévotion dans les arts de l’Islam Coédition Hazan / musée du Louvre, 25 €.
 


Finbarr Barry Flood

Finbarr Barry Flood est Professor of The Humanities William R. Kenan, Jr. à l’Institute of Fine Arts and Department of Art History, fondateur et directeur de « Silsila: Center for Material Histories » à la New York University. Finbarr Barry Flood a fait ses études au Trinity College de Dublin et à l’University of Edinburgh. Ses champs de recherche comprennent l’histoire et l’historiographie de l’art islamique, les dimensions interculturelles de l’art islamique médiéval, la théorie de l’image, les technologies de la représentation et l’orientalisme ; autant de sujets sur lesquels il a publié en Europe, aux États-Unis, au Moyen-Orient et en Asie du Sud. Il a occupé des fonctions de chercheur ou d’enseignant dans les institutions suivantes : University of Oxford, Center for Advanced Study in the Visual Arts de la National Gallery à Washington, Smithsonian Institution, Sterling and Francine Clark Art Institute, Getty Research Institute, Carnegie Foundation, American Council of Learned Societies et Wissenschaftskolleg zu Berlin. Au printemps 2019, il a été Slade Professor of Fine Art a l’University of Oxford, où il a donné un cycle de huit conférences sur le thème « Islam et Image : au delà de l’aniconisme et de l’iconoclasme ».
 


Un choix d’oeuvres en lien avec les thèmes de cette Chaire du Louvre sera exposé dans la vitrine 26A au Rez-de-cour du département des arts de l’Islam, l’aile Denon.
 


AUDITORIUM DU LOUVRE
INFORMATIONS PRATIQUES

Séance : 8 € (tarif plein), 6 € (tarif réduit), 4 € (tarif jeune et solidarité), Gratuit pour les Amis du Louvre Jeune et les étudiants en art, histoire de l’art
Abonnement au cycle : 30 €, accès gratuit au musée le jour des conferences.
La table ronde du 14 octobre est gratuite.
Réservations : sur place, au 01 40 20 55 00 ou sur fnac.com

louvre.fr
#AuditoriumLouvre

 

Avec le soutien de H. Schiller, mécène fondateur de la Chaire du Louvre.