Octobre 2019

Importantes acquisitions pour trois départements du musée du Louvre 

 

Importantes acquisitions pour trois départements du musée du Louvre 

Le Louvre annonce l’acquisition, en vente publique, d’œuvres pour 3 des 8 départements du musée : 

Une statue gothique du début du XIVe siècle, L’Ange sonnant de la trompe (Nord-Ouest de la France. Maine ou Normandie ?) pour le département des Sculptures.
Acquise en vente publique (Paris, Artcurial, 17 septembre 2019), cette belle sculpture du début du XIVe siècle représente un ange musicien. L’instrument de musique a presque totalement disparu, mais est reconnaissable à quelques traces et par les joues gonflées de l’ange. La statue a appartenu à la collection du célèbre antiquaire Joseph Altounian (1899-1954), qui a été spécialisé notamment dans le domaine de la sculpture médiévale. 
Cette statue sera exposée à partir du mois de décembre 2019 dans les salles de sculptures françaises du XIVe siècle, aile Richelieu, salle 206.

Une statue-cube au nom du Grand chef des médecins de Haute et Basse Égypte, Pa-ân-meniou, fils de Nes-Ptah, né de Mehyt-en-ouaoua (Egypte – XXIIe dynastie) pour le département des Antiquités égyptiennes.
Cette statue a été préemptée à l’occasion de la vente PIASA « Arts premiers, archéologie, art précolombien d’une importante collection particulière européenne » le 26 septembre 2019.
L’œuvre sera exposée à partir du mois de décembre 2019 dans les salles.

Un ensemble de 27 dessins et un album illustrant les campagnes napoléoniennes, commandé par Vivant-Denon pour le département des Arts graphiques, ont été acquis par exercice du droit de préemption de l’Etat, à l’occasion de la vente de Primardeco à Toulouse le 25 septembre 2019.

Plus de précisions sur chacune de ces acquisitions dans les documents ci-dessous.

 


Acquisition d’une statue gothique 
L’Ange sonnant de la trompe
pour le département des Sculptures

 

Cette belle sculpture du début du XIVe siècle du Nord-Ouest de la France (Maine ou Normandie ?) qui représente un ange musicien a été acquise en vente publique chez Artcurial, Paris, le 17 septembre 2019. L’instrument de musique a presque totalement disparu, mais est reconnaissable à quelques traces, et par les joues gonflées de l’ange. La statue a appartenu à la collection du célèbre antiquaire Joseph Altounian (1899-1954), qui a été spécialisé notamment dans le domaine de la sculpture médiévale.

Ce type de statue appartenait à une scène de Jugement dernier, qui pouvait se résumer à un Christ Juge encadré de deux anges. Un des premiers exemples de ce type de composition sculptée se trouve au revers du bras sud du transept de Notre-Dame de Paris, et date des années 1260. Cet ange est plus récent. Par certains aspects, il ressemble au groupe d’anges, créés vers la fin du XIIIe siècle, qui appartenait à l’église Saint-Louis de Poissy et qui est conservé à Paris depuis la destruction de cet édifice (musée du Louvre et musée national du Moyen Âge). Il se rapproche aussi de statues en bois de la fin du XIIIe siècle, dont plusieurs sont conservées au Louvre (ange de l’ancienne collection Timbal, Vierge à l’Enfant de Wargnies), où apparaît déjà cette allure « dansante ».
Mais il est un peu plus tardif, du début du XIVe siècle, comme l’indiquent le canon plus élancé et le léger mouvement tournoyant, qui donne du dynamisme à une figure qui était pourtant adossée. Sa hauteur réduite, qui contribue à le rapprocher de sculptures en bois voire d’oeuvres d’orfèvrerie ou de petites sculptures en ivoire et en bronze, incite également à le dater de cette période, au cours de laquelle le dialogue entre sculpture monumentale et arts précieux est particulièrement fécond. L’origine de l’oeuvre doit être un monument du Nord-Ouest de la France (Maine ou Normandie), qui reste à identifier. Cette statue rejoint les nombreux chefs d’oeuvre de la sculpture bourguignonne de la collection du célèbre antiquaire Joseph Altounian (1899-1954), acquis par le Louvre, comme le fragment du tympan de l’abbatiale de Cluny III représentant l’aigle de saint Jean, les chapiteaux de Moutiers-Saint-Jean ou la tête de saint Pierre provenant du tombeau de saint Lazare à Autun.
 

Cette statue sera exposée à partir du mois de décembre 2019 dans les salles de sculptures françaises du XIVe siècle, aile Richelieu, salle 206.

 


Statue-cube au nom du Grand chef des médecins de Haute et Basse Égypte  
Pa-ân-meniou, fils de Nes-Ptah, né de Mehyt-en-ouaoua 
(Égypte – XXIIe dynastie)
acquise pour le département des Antiquités égyptiennes

 
Cette statue a été acquise par préemption à l’occasion de la vente PIASA « Arts premiers, archéologie, art précolombien d’une importante collection particulière européenne » le 26 septembre 2019.

La statue-cube représente Pa-ân-meniou assis sur un support bas, les bras croisés au-dessus des genoux. Ses mains, la droite à plat et la gauche poing serré, émergent de l’étoffe qui enveloppe tout le corps jusqu’au bout des pieds à la manière d’un linceul. Par analogie avec d’autres statues du même type, plusieurs auteurs, proposent qu’il ait tenu une laitue dans la main droite. L’homme est adossé à un appui dorsal en forme de stèle légèrement cintrée au sommet.

L’identité du personnage est donnée par une inscription placée sur ses jambes et sur la base de la statue. Il porte le titre assez rare de « Grand médecin (chef des médecins ?) de Haute et de Basse Egypte, Pa ânmeniou– littéralement la beauté est advenue—fils de Nes-Ptah, né de Mehyt-en-Ouaoua ». D’autres titres y figurent également tel celui de « père divin d’Amon et de père divin du Bélier, Seigneur de Mendès » ainsi que de « proche du roi ». Contemporain de l’adoratrice d’Amon Karomâmâ—dont le Louvre présente la célèbre statue en bronze (N 500)—Pa-ân-meniou était donc un éminent personnage de la cour, proche du roi Osorkon II (865-830 av. J.-C., XXIIe dynastie) dont le pouvoir s’exerçait surtout dans le nord.

A l’avant des jambes une déesse à tête de lion, peut-être Tefnout est figurée debout face à une autre déesse et le dieu Horakhty—soleil des deux horizons—notamment vénéré à Héliopolis. Sur les côtés et au dos sont gravées les triades divines des plus importants centres religieux de l’Egypte : celle de Thèbes – Amon, Mout et Khonsou—, celle d’Abydos – Osiris, Isis et Horus—et celle de Memphis – Ptah, Sekhmet et Néfertoum. Cela montre bien l’envergure du personnage et son influence, il est d’ailleurs connu par d’autres monuments.

Ce type de statue dite statue-cube, apparu au Moyen Empire (2058- 1650 av. J.-C.), permettait d’inscrire de nombreux textes et parfois de représenter des scènes, notamment d’offrandes. Cette attitude d’attente exprime bien la fonction de ces statues généralement placées dans les temples afin de profiter au propriétaire par les prières adressées aux dieux ou, le cas échéant aux vivants passant dans le temple et faisant le service aux dieux. A la Troisième Période intermédiaire (1069-655 av. J.-C), il semble qu’un certain nombre d’entre elles aient été plus spécifiquement placées dans les temples afin de permettre un culte funéraire.

La statue-cube représentant Pa-ân-meniou est assez caractéristique des productions de la XXIIe dynastie (943-730 av. J.-C.), notamment par le modelé du corps traité de manière souple sous le vêtement. Elle est une des rares statues-cube de la période qui provienne très vraisemblablement du nord de l’Egypte, l’essentiel des statues de particuliers de cette période provenant plutôt de la cachette du temple de Karnak dans le sud du pays. En effet, le socle fait mention de la ville d’Héliopolis, le personnage a des titres de prêtrise du nord (Mendès) et, à l’avant du socle, comme divinité principale se place Horakhty, ce qui pourrait amener à penser que la statue provient d’Héliopolis, un quartier du Caire actuellement. La sculpture est d’ailleurs particulièrement proche du style d’une statue cube conservée à Londres au British Museum (BM EA 1007), précisément datée du règne d’Osorkon II et qui provient du nord.

La statue est, dans son ensemble, bien conservée, hormis la partie antérieure de la tête qui a été refaite à l’époque moderne et plaquée, selon une technique de « restauration » que l’on rencontre le plus souvent avant le XXe siècle.

L’oeuvre s’inscrit dans une tradition de statues-cube en pierre sombre montrant le dédicant enveloppé dans une gaine jusqu’aux pieds, tradition bien représentée dans les collections du Louvre, à partir du Moyen Empire et jusqu’à la fin de la Basse Epoque (soit environ entre 2000 et 300 av. J.-C.), mais son acquisition comble un manque concernant le début de la Troisième Période intermédiaire, représentée par une seule statuette de 21 centimètres de haut (N 3670, actuellement en réserve mais qui sera bientôt présentée avec celle nouvellement acquise).

 

Cette statue sera exposée à partir du mois de décembre 2019 dans le département des Antiquités égyptiennes, aile Sully, salle 643.

 


Ensemble de 27 dessins et un album illustrant les campagnes napoléoniennes, 
commandé par Vivant-Denon
acquis pour le département des Arts graphiques

 
Cet ensemble a été acquis par exercice du droit de préemption de l’Etat, à l’occasion de la vente de Primardeco à Toulouse le 25 septembre 2019.
Le 28 février 1806, Dominique Vivant Denon est chargé de suivre l’Empereur et d’illustrer ses campagnes en Italie et en Allemagne afin d’en éditer un ouvrage illustré de 200 gravures et de cartes. Accompagné de plusieurs artistes, Benjamin Zix (1772-1811), Louis-Pierre Baltard (1764-1846), Louis-Philippe Crépin (1772-1851), Florent Bourgeois de Castelet (1767-1841), Hippolyte Lecomte (1781-1857) ou Nicolas Antoine Taunay (1755-1830), il suit les armées impériales. Dès 1805, Vivant-Denon avait commencé à collecter les dessins décrivant les sites. En 1808, 320 dessins étaient déjà rassemblés, mais l’ouvrage n’est jamais paru et il semble qu’un grand nombre de feuilles soit resté en possession de Dominique Vivant-Denon.

Cet ensemble de dessins et l’album viennent compléter le fonds déjà présent dans les collections du Louvre :
Le comte de Durante qui avait épousé la fille du général Vivant Jean-Brunet Denon, neveu de Dominique Vivant-Denon, se retrouva en possession d’une partie des dessins. En 1894, il chercha à les vendre et fut contrait de traiter à l’amiable avec le musée du Louvre. Les feuilles étaient alors considérées par leur propriétaire soit comme des acquisitions faites par Denon, soit comme des cadeaux qu’on lui avait remis, soit comme des oeuvres refusées qui étaient restées en sa possession, et qui a priori n’avaient pas été payées par l’Etat. Les oeuvres furent placées sous séquestre le 5 mai 1894. L’achat fut entériné par arrêté du 18 février 1896 mais 160 dessins furent peu après inscrits sur l’inventaire du musée du Louvre, puis déposés au château de Versailles jusqu’en 1920, avant de revenir au Louvre. Un deuxième ensemble de 101 dessins appartenant également au comte de Durante apparut sur le marché en 1933. Illustrant essentiellement la campagne d’Allemagne, il fut acquis le 29 septembre 1933 par le musée du Louvre, et déposé au château de Versailles où il se trouve toujours.

Dans leurs dessins originaux des campagnes de Napoléon Ier en Italie avec les croquis et légendes, les artistes ne se sont pas attachés seulement aux grands faits militaires de Napoléon aux armées pendant quinze années, ils ont également reproduit les édifices et les sites qui avaient attiré l’attention de l’Empereur.

Les vues des 27 dessins permettent de suivre pas à pas l’avancée des armées impériales en Allemagne et en Pologne pour se terminer avec l’entrevue de Napoléon et du Tsar Alexandre Ier sur le Niemen. L’album mis en vente permet de comprendre l’élaboration progressive de l’imagerie de la geste napoléonienne voulue par le Directeur général des musées : on trouve de rapides esquisses dessinées d’après nature, puis une feuille au tracé sûr qui aboutissait à la composition établie constituant l’oeuvre définitive, destinée à la gravure ou servant de modèle à la peinture. Les dessins de Zix, exécutés avec une précision presque photographique, ont de fait aidé grandement les peintres officiels de l’Empire – comme Gros, Taunay ou Roehn – dans l’exécution de leurs toiles.

Les dessins de l’album peuvent être facilement reliés aux grandes feuilles grâce aux numéros reportés sur les deux. La plupart des dessins de l’album sont annotés de la mention « fait », souvent suivie du nom de l’artiste à qui l’on doit le dessin définitif. Ainsi on peut trouver deux vues préparatoires du musées de Cassel dans l’album puis une grande feuille illustrant la scène de l’enlèvement des oeuvres au sein des salles. Les vues de deux croquis de Benjamin Zix, dans l’album, préparent le grand dessin qui représente le lac et la ville de Königsberg, capitale de la Prusse orientale, au bord de la mer Baltique : leur juxtaposition permet d’observer combien l’auteur du dessin final, Bourgeois de Castelet, a fidèlement retranscrit les éléments observés sur place par Zix, jusqu’au moindre clocher d’église. Se lit ainsi l’étroite collaboration entre les artistes.


INFORMATIONS PRATIQUES
Horaires : de 9h à 18h, sauf le mardi.
Nocturne mercredi et vendredi jusqu’à 21h45 et le premier samedi du mois.
Tarif d’entrée au musée : 15 €. Réservation d’un créneau horaire pour un accès en moins de 30mn : 17 €.
Achat en ligne : www.ticketlouvre.fr