26 octobre 2020

Le musée du Louvre a acquis un service à dessert et un pot-pourri de Pierre Gouthière ayant appartenu à Madame Geoffrin 

 

Le musée du Louvre a acquis un service à dessert et un pot-pourri de Pierre Gouthière ayant appartenu à Madame Geoffrin 

Le musée du Louvre annonce l’acquisition par dation, pour le département des Objets d’art, d’un exceptionnel service à dessert en porcelaine de Vienne offert à Madame Geoffrin par l’impératrice Marie-Thérèse en 1770 et d’un rare pot-pourri de Pierre Gouthière ayant également appartenu à cette célèbre figure des salons parisiens. L’un et l’autre étaient conservés depuis cette date dans la même famille.

La dation en paiement est un dispositif, régi par l’article 1716 bis du code général des impôts, permettant de régler une dette fiscale (droits de mutation à titre gratuit entre vifs, droits de partage, Impôt sur la Fortune Immobilière) par la remise à l’État d’objets de haute valeur artistique ou historique. Cette procédure est soumise à l’agrément des ministères de la Culture et des Finances.

Marie-Thérèse Rodet, épouse Geoffrin (1699-1777), a joué un rôle essentiel dans la vie parisienne de son époque. Salonnière de premier plan, elle reçoit les grandes personnalités du monde littéraire, contribuant à fixer les codes des salons par ses dîners hebdomadaires. Elle tisse un réseau de relations à l’échelle de l’Europe entière, et correspond avec les princes et monarques de son temps. Elle devient une figure marquante de l’âge des Lumières au point qu’elle est reçue avec de grands égards dans les cours étrangères. Sa réputation est telle qu’à l’occasion de son passage à Vienne en 1766, elle est reçue par l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. C’est suite à cette rencontre et aux échanges épistolaires qui s’ensuivent que Madame Geoffrin reçoit ce service de porcelaine envoyé par Marie-Thérèse elle-même. 

Le service permet de dresser une table de dessert complète. Il comprend trente-six pièces de porcelaine de Vienne (24 assiettes, 2 corbeilles, 6 compotiers, 2 grands seaux, 2 petits seaux, 2 sucriers), trente-six couverts en porcelaine de Vienne et Vermeil (12 fourchettes, 12 couteaux, 12 cuillères) et un grand surtout de porcelaine de Vienne et miroir. 
Le service a été produit à la manufacture de porcelaine de Vienne, fondée par Du Paquier en 1717. L’envoi par Louis XV de plusieurs déjeuners et d’un service en porcelaine de Sèvres en 1758 à la cour de Vienne y suscite une évolution stylistique vers les modèles français. Ce service illustre parfaitement cette influence. Si le profil de la plupart des pièces relève d’une esthétique rocaille germanique, le décor de rubans peints de bleu rehaussé d’or scandés par des nœuds moulés alternant avec des palmettes peintes à l’or sur fond blanc est d’esprit purement français. Le majestueux surtout composé de neuf pièces formant un très grand plateau adopte la même esthétique.

Un grand service à dîner de la manufacture de Vienne ayant appartenu au grand-duc de Toscane Pierre Léopold, futur empereur Léopold II d’Autriche, et portant un décor identique, est conservé dans les collections du Palais Pitti. Il compte aujourd’hui 88 pièces, mais en comptait à l’origine plusieurs centaines. Il a été réalisé à une date qui reste à préciser, soit pour le mariage de Léopold avec la princesse Marie-Louise d’Espagne en 1765 ou peu après. Le cadeau de l’impératrice à Madame Geoffrin et ce service font partie d’une seule et même production. S’agit-il d’un prélèvement opéré par l’impératrice sur une commande déjà exécutée pour son fils ? Ou d’une commande sur le même modèle ordonnée pour des commodités de production à la manufacture alors occupée au service à dîner de Léopold ? 

De manière remarquable, le service a conservé l’ensemble de ses étuis d’origine, probablement réalisés à la demande de la fille de Madame Geoffrin.

Quant au pot-pourri de Pierre Gouthière, Madame Geoffrin mentionne brièvement dans l’un de ses carnets son « petit monument antique d’ivoire, de marbre et de bronze doré fait par Gouthière » sans donner davantage d’indications sur la date à laquelle elle en avait fait l’acquisition. L’objet se présente sous la forme d’un fût de colonne cannelée reposant sur un emmarchement circulaire, lequel est surmonté d’un vase à l’antique aux panses ajourées et ornées de têtes de boucs. Installées sur la marche la plus haute, deux jeunes femmes achèvent de garnir les têtes de boucs de guirlandes de fleurs. Les marches sont en marbre blanc, le fût de la colonne et le corps du vase en ivoire. Les figures féminines, les têtes de bouc, les guirlandes, le couvercle du vase et les rangs d’ornement sont en bronze doré.

La composition est à rapprocher d’un ensemble d’œuvres sur le même thème, probablement dérivé d’un petit groupe antique de la collection Borghèse, aujourd’hui conservé au Louvre et réinterprété par Edme Bouchardon. 

Le dessin du petit monument de Madame Geoffrin semble être dû au sculpteur Jean-Baptiste Feuillet, si l’on en croit la mention manuscrite portée dans la notice de l’un des autres objets similaires figurant dans une vente parisienne en avril 1783. L’attribution de l’exécution des bronzes à Pierre Gouthière repose sur la mention portée par Madame Geoffrin elle-même et sur celle d’un autre exemplaire, en marbre blanc et argent doré, dans un mémoire de Gouthière datant du 31 décembre 1773 et portant sur les pièces livrées par le célèbre doreur à la comtesse du Barry. 

Par leur élégance et leur historique exceptionnel, le service à dessert et le pot-pourri constituent un témoignage précieux d’un moment de l’histoire du goût, évoquant l’une des personnalités les plus remarquables de la scène parisienne dans les dernières années de l’Ancien Régime.