Juin 2020

Le musée du Louvre acquiert une coupe de l’orfèvre Jean-Baptiste Fossin (1786-1848)
 

 

Le musée du Louvre acquiert une coupe de l’orfèvre Jean-Baptiste Fossin (1786-1848)
 

Le Louvre annonce l’acquisition d’une coupe et son couvercle de l’orfèvre Jean-Baptiste Fossin, orfèvre parisien de la première moitié du XIXe siècle, auprès de la Galerie allemande Neuse de Brême.
Suivant la tradition des maîtres orfèvres de la Renaissance, cette précieuse coupe à couvercle d’agate, enrichie d’une monture sculpturale d’argent et vermeil ainsi que d’une décoration d’émail polychrome dominant le couvercle, témoigne aussi de la créativité des orfèvres de la monarchie de Juillet et contribue à enrichir les collections des Objets d’art du musée du Louvre. Cette œuvre prend sa place au sein des collections de la monarchie de Juillet (salle 563).
 
La coupe est signée Fossin et fils, soit Jean-Baptiste (1786-1848), bijoutier joaillier installé rue de Richelieu, qui s’associe à partir de 1832 à son fils Jules (1808-1869). Auparavant, Jean-Baptiste, actif à partir de 1807, succède en 1815 à Marie-Étienne Nitot (1750–1809), joaillier de l’Empereur Napoléon Ier et fondateur de la maison Chaumet.
L’exécution de la coupe est attribuée à Jean-Valentin Morel (1794-1860). En 1834, il est initié à la taille des pierres dures, dont il se fait une spécialité, puis est embauché comme chef d’atelier pour les objets d’art et l’orfèvrerie, Il continuera à travailler pour la maison Fossin, lorsqu’il se met à son propre compte en 1842.
La maison Fossin a fourni Louis-Philippe et sa famille, et de façon plus générale, ce qu’on a appelé le Tout-Paris ou la société élégante de l’époque, tant en parures qu’en petits objets.
 
La coupe est mentionnée dans les registres de facture de la maison Fossin, à la date du 8 février 1843 : « une grande coupe ronde d’un onyx oriental, monture et ornements en or fin ciselé, émaillé. Le pied formé par un groupe de trois femmes nues enchainées (les captives de l’Amour) en argent sculpté, chaînes, fleurs et draperies en damasquiné d’or. Couvercle en vermeil couvert d’un réseau d’ornements arabes en or fin émaillé de diverses couleurs et surmonté d’un groupe de deux figures (Vénus et l’amour) en argent sculpté, accessoires enrichis de damasquiné d’or » (arch. Chaumet, livre de factures D, f. 96). Elle est livrée à Monsieur de Cambacérès aîné, c’est à dire Marie-Jean-Pierre-Hubert, duc de Cambacérès (1798-1881), en même temps qu’une autre grand coupe ovale en jaspe fleurie à côtes, qui avait été commandée en avril 1841.

 Cette coupe démontre, par sa qualité, l’étonnante maîtrise technique acquise par cet orfèvre pionnier, et illustre parfaitement les tendances de l’orfèvrerie sous la monarchie de Juillet  : renouveau de techniques délaissées à l’époque néoclassique, ici l’émail et la pierre dure montée, goût de la polychromie, complexité de l’iconographique. Les orfèvres de la monarchie de Juillet puisent leur inspiration dans le passé, et Jean-Valentin Morel a sans doute regardé les gemmes de Louis XIV alors exposées dans la salle des Bijoux au Louvre, mais il s’en inspire librement et avec une grande créativité.
 
Le musée du Louvre conserve déjà des pièces d’orfèvrerie de Jean-Valentin Morel (un seau à rafraîchir présenté à l’exposition des produits de l’industrie de 1844, une fontaine et un pot à crème de style chinois cédés en 2008 par le ministère des Finances, et une grande aiguière en argent repoussé entrée par dation).
L’acquisition de cette œuvre permet d’illustrer néanmoins un nouvel aspect de son œuvre, sa merveilleuse capacité à mettre en valeur les pierres dures. Il a été en effet un pionnier, suivi ensuite par Froment-Meurice, dont le Louvre conserve la coupe des Vendanges, et plus tard par Duron.