Juin 2020

Acquisition d'un ensemble de 14 dessins de Jean-Honoré Fragonard 
et d'une série de 4 dessins d’Anicet Lemonnier

 

Acquisition d’un ensemble de 14 dessins de Jean-Honoré Fragonard 
et d’une série de 4 dessins d’Anicet Lemonnier

Le Louvre annonce l‘acquisition pour le département des Arts graphiques et par achat de gré à gré, d’un ensemble exceptionnel de quatorze dessins de Jean-Honoré Fragonard. Mal représenté dans les collections du Louvre, Fragonard trouve avec l’acquisition de cette série un nouveau visage. Le musée a également acquis quatre dessins d’Anicet Lemonnier appartenant au même ensemble.
 
Jean-Honoré Fragonard (Grasse, 1732 – Paris, 1806)
14 dessins, pastel sur papier bleu / 1768 – 1770
-Louis IX ou saint Louis (22,3 x 18 cm)
-Marguerite de Provence (20,5 x 16,3 cm)
-Louis 1er duc de Bourbon (23,2 x 18,5 cm)
-Louis II duc de Bourbon (29 x 23,2 cm)
-Blanche de Bourbon (28,1 x 22,9 cm)
-Jean 1er duc de Bourbon (25,4 x 19,7 cm)
-Pierre II de Beaujeu, duc de Bourbon (29 x 23,6 cm)
-Pierre du Terrail, dit le chevalier Bayard (26,8 x 21,4 cm)
-Charles III de Bourbon, dit le Connétable de Bourbon (29 x 22,5 cm)
-Charles de Bourbon, duc de Vendôme (29 x 22,5 cm)
-Antoine de Bourbon, roi de Navarre (29,8 x 23,1 cm)
-François de Bourbon, comte d’Enghien (29,2 x 23,2 cm)
-Jeanne d’Albret, reine de Navarre (29 x 23,1 cm)
-Louis 1er de Bourbon, prince de Condé (29 x 23,2 cm)
 
En tant qu’illustrateur, Fragonard est avant tout représenté par les dessins qu’il fit pour les éditions du Roland furieux de l’Arioste (176 dessins) et de l’histoire de Don Quichotte. Ces feuilles d’une grande liberté appartiennent à de nombreuses collections publiques et privées. On connaît moins en revanche sa collaboration à l’Histoire de la Maison de Bourbon pour laquelle il livra six portraits gravés dans les deuxième (1776) et troisième (1782) volumes de cet ouvrage. La commande lui fut passée par Joseph-Louis Ripault-Desormeaux (1724 – 1793), bibliothécaire de Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé. Interrompue par la Révolution, cette publication ne traita de l’histoire de la famille de Bourbon que jusqu’à l’assassinat d’Henri III en 1589. Plusieurs artistes y collaborèrent, Jean-Michel Moreau Le Jeune, Pierre-Philippe Choffard, François-André Vincent, Anicet Charles Gabriel Lemonnier et Fragonard.
Si on connaît aujourd’hui dans les volumes de l’Histoire de la Maison de Bourbon six portraits gravés d’après Fragonard, il semble que l’artiste ait en fait préparé une série plus importante d’effigies. L’ensemble récemment publié comprend en effet quatorze portraits dessinés au pastel noir, gris et blanc sur papier bleu. Cette série, dans un état de conservation exceptionnel car toujours conservée à l’abri de la lumière dans des chemises en papier portant des propositions d’identités pour certains des modèles, fut sans doute exécutée entre 1768 et 1770. Six des personnages devaient en effet figurer dans le premier volume (1772) et trois autres dans le volume suivant (1776). On peut imaginer que Fragonard avait été sollicité pour livrer toutes les effigies et qu’il les exécuta progressivement. Les quatorze dessins présentent effectivement des différences dans leur traitement et dans leurs dimensions qui peuvent témoigner du tâtonnement de l’artiste, peu accoutumé à ce type de travail. Si Fragonard avait pour cette commande consulté des sources iconographiques anciennes, cherchant à retrouver à l’aide de l’estampe certains des visages de ses modèles, il fut néanmoins contraint à une grande part d’invention car nombre d’entre eux ne disposaient d’aucune iconographie. Les œuvres ne reprenant aucun modèle sont ainsi d’une plus grande liberté, s’attachant à révéler des caractères à l’aide d’expressions plus vivantes et marquées, et d’attitudes plus dynamiques. Tout à fait exceptionnelle, la série n’est pas sans rapport avec celle des personnages de fantaisie (série de portraits pour la plupart datés de 1769, réalisés par le peintre Jean-Honoré Fragonard. On dit de ces peintures qu’elles ont été exécutées en une heure, d’où le nom italien de « fa’ presto » (exécuté rapidement). Elles sont facilement identifiables grâce à leur touche caractéristique) qui sont d’une exécution contemporaine, mais là où à l’aide de l’huile Fragonard brosse ses personnages avec un pinceau énergique, avec le pastel son métier est d’un plus grand raffinement dans l’exécution et dans le degré de finition.
 
 
Attribution
Cet aspect méconnu de son œuvre a suscité un certain nombre d’interrogations après que la commission d’acquisition du musée du Louvre ait donné un avis favorable au projet d’entrée dans les collections publiques. Un certain nombre de confrontations ont donc été organisées et ont suscité plusieurs avis de spécialistes quant à la manière et à l’esprit de l’artiste. Ils ont été pris en compte et étudiés. 
Par ailleurs, passée vers 1769, la commande correspond à des années de changement dans la vie de Fragonard, son mariage avec Marie-Anne Gérard, la naissance de leur fille Rosalie, le début de l’exécution des portraits de fantaisie dont l’un porte la date de 1769, et la volonté de se libérer du cadre académique et de jouer un rôle dans le marché de l’art.
 
Un faisceau d’éléments a conduit le musée du Louvre à maintenir sous le nom de Fragonard l’ensemble de la série. D’une part, l’on sait que l’artiste fut appelé à faire de nombreux portraits à la fin des années 1760 et qu’il les vendait à cette occasion. L’ensemble de cette production est aujourd’hui perdu. Les analogies avec les œuvres peintes de même sujet dans les mêmes années restent frappantes. Cinq des dessins ont été gravés en contrepartie et la lettre des estampes mentionne dument que les modèles originaux sont de Fragonard. Ce caractère autographe est également confirmé par le catalogue de la vente de Pierre Michel Lamy organisée en janvier 1808. Y apparaissent en effet 25 dessins de Boucher et Fragonard pour l’Histoire de la Maison de Bourbon par Desormeaux réunis en un volume in folio de maroquin vert, avec tabis et dentelles. Le catalogue précise que les dessins de Fragonard, au nombre de 21, sont de très beaux portraits au crayon, noir et blanc, des divers princes de la Maison de Bourbon. Il est également indiqué qu’ils sont d’une proportion beaucoup plus grande que les gravures qui en ont été faites. Ce qui est effectivement le cas. Cette provenance est d’une grande importance. Pierre-Michel Lamy fut un imprimeur libraire parisien de renom. Il semble que la vente de 1808 ait été rendue nécessaire afin d’éviter au libraire la faillite qui malheureusement fut déclarée en novembre 1809. On constate qu’il avait réuni une partie du matériel nécessaire à la publication de l’Histoire de la Maison de Bourbon par Desormeaux. Non seulement il détenait cinq volumes in quarto de l’édition de 1772, mais aussi 61 dessins de Moreau Le Jeune, Choffart et d’autres collaborateurs pour ce même ouvrage, ainsi que 75 épreuves sans lettre et eaux fortes des gravures faites d’après ces dessins. L’association des 21 dessins avec le nom de Fragonard ne peut être donc le résultat du hasard ou d’une approximation. On peut également citer le catalogue de la vente d’Etienne Alexandre Jacques Anisson-Duperron organisée à Paris en 1795 qui comprenait « Neuf portraits d’hommes et femmes dessinés au crayon noir et blanc par Fragonard et Vincent » qui étaient pareillement destinés à orner l’édition de la Maison de Bourbon et apportent à nouveau la preuve que dès le XVIIIème siècle, certains des dessins étaient associés au nom du maître. Le volume de la collection Lamy entra ensuite en possession du bibliophile Jérôme Bignon. Dans sa vente en 1848 apparaissent 19 dessins au crayon noir, rehaussés de blanc sur papier bleu, plusieurs par Fragonard fils [sic], représentant saint Louis, Bayard et des princes et princesses du sang des Bourbon sous Henri IV. Ces feuilles étaient toujours conservées dans le volume in folio en maroquin vert, à décor de dentelles, doublé de tabis, aux armes de France avec étui. L’erreur faite à cette occasion en donnant les dessins à Alexandre Evariste plutôt qu’à son père a pu troubler les esprits. Mais s’agit d’une erreur très courante dans les ventes de ces années. Il faut donc conclure qu’à l’origine Fragonard avait exécuté un plus grand nombre de feuilles puisque 21 sont mentionnées en 1808. Certaines d’entre elles furent ôtées du recueil entre 1808 et 1848.
 
Les quatorze dessins
Les quatorze feuilles réapparues en 2013 proviennent de cet ensemble, elles sont d’ailleurs toujours conservées dans les chemises sur lesquelles, probablement le libraire, avait précisé si elles avaient été gravées ou non. A les examiner, on perçoit une évolution qui peut également avoir conduit certains à reconnaître différentes mains dans l’ensemble. Les deux premières (saint Louis et Marguerite de Provence) sont de dimensions plus petites que les autres et d’un métier plus sommaire. Elles s’inspirent, ainsi que l’a démontré Marie-Anne Dupuy-Vachey, de gravures plus anciennes figurant les personnages historiques. Sans doute l’artiste abandonna-t-il ensuite cette quête de source pour pouvoir représenter les différentes figures de la série avec plus de liberté.
Le troisième dessin décrivant Louis 1er, duc de Bourbon est en effet un peu plus grand et ne cherche pas à plagier une estampe ancienne. Fragonard invente cette fois-ci le personnage historique. 
Les six dessins suivants (Louis II duc de Bourbon ; Blanche de Bourbon ; Jean 1er duc de Bourbon, Pierre II de Beaujeu, duc de Bourbon ; Pierre du Terrail, dit le chevalier Bayard et Charles III de Bourbon, dit le Connétable de Bourbon) offrent le même parti et sont de dimensions encore supérieures.
Les cinq derniers dessins (Charles de Bourbon, duc de Vendôme ; Antoine de Bourbon, roi de Navarre ; François de Bourbon, comte d’Enghien ; Jeanne d’Albret, reine de Navarre et Louis 1er de Bourbon, prince de Condé) sont ceux qui furent gravés en contrepartie par Charles Gaucher et Simon-Charles Miger. Ils présentent un traitement plus estompé qui pourrait s’expliquer par le fait qu’ils servirent effectivement de modèles. Les chemises qui les protégeaient dans le volume de la collection Lamy ne comportent elles aucune mention et sont tachées par le phénomène de dépose de la matière graphique. Notons que le portrait de François de Bourbon, comte d’Enghien, a aussi servi de modèle à Fragonard pour une huile sur toile aujourd’hui conservée dans la collection Costa à Grasse et qui est unanimement acceptée. 
 
Les quatre dessins d’Anicet Lemonnier
Le propriétaire des 14 dessins acquis, possédait également les quatre dessins qu’Anicet Lemonnier avait exécutés pour illustrer le tome V de l’Histoire de la Maison de Bourbon paru en 1788. Egalement exécutées au pastel, comme le reste de la série, ils sont également de dimensions similaires : 29 cm de haut par 23 cm de large. Ils représentent :
-Charles, cardinal de Bourbon
-François de Bourbon, duc de Montpensier
-Charles de Bourbon, comte de Soissons
-Charlotte-Catherine de la Trémouille, princesse de Condé par son mariage avec Henri Ier de Bourbon-Condé
 

 

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